• Les chantres de la Négritude ...

    En 1931, lorsque Aimé Césaire, jeune boursier martiniquais, s'inscrit en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, Joséphine Baker est la vedette du Casino de Paris et chante "J'ai deux amours/Mon pays et Paris".


    JOSEPHINE BAKER, J'AI DEUX AMOURS par 94stylz

    Les Parisiens viennent de découvrir le jazz de La Nouvelle-Orléans, Louis Armstrong et Duke Ellington. De jeunes écrivains afro-américains, Langston Hughes, Claude McKay, Richard Wright y fuient la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Mais face à cette apparente ouverture pour la culture noire, l'année 1931 est aussi l'année de l'Exposition coloniale internationale, porte Dorée.

    La France fait défiler les indigènes de ses colonies dans une grande parade à l'entrée du bois de Vincennes. En plus du temple d'Angkor, du village africain reconstitué de Djenné, il y a le pavillon de la Martinique et de la Guadeloupe que viennent visiter huit millions de personnes.

    Au recensement de 1926, le ministère des colonies ne compte que 793 Africains et Malgaches installés à Paris. "Il faut probablement tripler le chiffre", assure l'historien Pascal Blanchard dans son ouvrage Le Paris noir (Hazan, 2001).

    On ne compte en tout cas que quelques dizaines d'étudiants noirs. Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Ousmane Cissé Diop, tous scolarisés à Louis-le-Grand, et Léon-Gontran Damas, guyanais, étudiant de la Sorbonne, sont de ceux-là et vont créer le mouvement littéraire de la négritude.

    La naissance de ce concept de négritude, et celle d'une revue, Présence Africaine, qui paraît en 1947 simultanément à Dakar et à Paris, va faire l'effet d'une déflagration ! Elle rassemble des Noirs de tous les horizons du monde, ainsi que des intellectuels français, notamment Sartre. Celui-ci définit alors la négritude comme : « la négation de la négation de l'homme noir ».

    D'après Senghor, la négritude est « l'ensemble des valeurs culturelles de l'Afrique noire ». Selon Senghor : « La négritude est un fait, une culture. C'est l'ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d'Afrique et des minorités noires d'Amérique, d'Asie, d'Europe et d'Océanie. » Pour Césaire, « ce mot désigne en premier lieu le rejet. Le rejet de l' assimilation culturelle  ! Le rejet d'une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation ! Le culturel prime sur le politique. »

    Par la suite, des écrivains noirs ou créoles ont critiqué ce concept, jugé trop réducteur : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore » ( Wole Soyinka ). Stanisla Spero Adotevi fait une analyse sévère dans son essai Négritude et négrologues : « Souvenir dans la connivence nocturne, la négritude est l'offrande lyrique du poète à sa propre obscurité désespérément au passé. »

    René Maran, auteur de Batouala, est généralement considéré comme un précurseur de la négritude.

    « " A toi " par Marie FunckDe l’assistance sociale à la solidarité active »

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