• Le 28 juin, c’en sera fini du bus des mines ! Ensuite, les petites mains de La Redoute – celles qu’on appelle les « filles des mines » – n’auront plus la possibilité d’aller au travail gratuitement, en bus ...

    Un surnom donné il y a plusieurs décennies par les gens du Nord à ces milliers de femmes qui travaillaient dans les usines de Roubaix et des environs, mais qui étaient originaires du Pas-de-Calais voisin, alors fertile en mineurs de fond.

    Il faut savoir que  l'emploi des filles dans l'industrie textile de la région  de Lille Roubaix a été consécutif à la suppression du triage du charbon dans les fosses, par les" trieuses"  des corons, après la guerre 39/45. C'était un débouché tout trouvé pour cette main d'oeuvre, relativement peu qualifiée, car les autres industries lourdes devaient faire appel à une main d'oeuvre de force donc masculine.

    Le transfert  quotidien a d'abord été réalisé par chemin de fer. Tous les jours de la semaine, des trains, réservés pour les filles,  partaient de  Douai et  Lens, en desservant les gares du bassin minier pour parvenir en gare de la Madeleine. Leurs horaires étaient conçus pour que leur arrivée  au travail se situe à l'avenant des services 6/14 et 14/22, avec naturellemnt le retour assuré. Ils s'appelaient, dans le jargon, " les trains de poules".  Comme cela  est souligné  dans l'article, elles n'avaitent pas "leur langue dans la poche" et les contrôleurs n'étaient pas toujours à la fête.

    Au fur et à mesure de la prolifération de la voie routière, ce transport par fer  a été abandonné dans la décennie 50/60 au profit de services de cars, plus souples d'exploitation et moins onéreux  car ils évitaient les parcours parasites,  de l'aller en gare et en usine.

    La Redoute, La Lainière, Sartel… Toutes les grandes entreprises textiles du Nord avaient mis en place ce transport gratuit pour les salariés.

    Cet autocar, tous les matins, cueillait sur les routes de l'ancien bassin minier une poignée de quinquagénaires, salariées de La Redoute ...  Ramassage entre Lens et Douai puis direction la métropole par l'A1 pour une arrivée aux entrepôts de Roubaix et Wattrelos, avant 8 heures.

    A l’époque, plus de 5 000 filles du Pas-de-Calais, souvent issues de l’immigration polonaise, étaient déposées chaque jour près de leur entreprise par plusieurs dizaines de bus des mines. Les bus ont peu à peu disparu du paysage au rythme des suppressions d’emplois et des fermetures d’usines durant les «trente piteuses», selon l’expression de l’économiste Nicolas Baverez, sur fond de déclin industriel et de mondialisation. Jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un...

    Deux heures de route, cinquante kilomètres matin et soir, pour aller au boulot. "Transport gratuit, payé par la boîte." Depuis quarante ans. "Ça a toujours été comme ça". Ça ne le sera bientôt plus !

    La Redoute, en mauvaise santé financière, a décidé de faire des économies : fin du ramassage en car. Les "filles des mines" devront prendre leur voiture ou renoncer à leur poste. C'est sur la route, dans leur bus, qu'elles l'ont appris, un soir de novembre 2012.


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  • Roubaix est une " Ville d’Art et d’Histoire ", label officiel français attribué depuis 1985 par le Ministère de la Culture aux communes ou pays de France qui s’engagent dans une politique d’animation et de valorisation de leurs patrimoines bâti, naturel, et industriel, ainsi que de l’architecture.

    Ainsi, les politiques urbaines placent au fondement de leur action l’héritage industriel de Roubaix, héritage qui marque encore fortement le paysage et le rapport que les habitants entretiennent avec ville.

    Au XIXème siècle, Roubaix est appelée la « Manchester française » car elle est l’une des capitales mondiales du textile, abritant même la bourse de la laine.

    La ville se développe grâce à son industrialisation et de nombreuses usines rythment l’activité économique et sociale des Roubaisiens.

    On appelle Roubaix la « ville aux mille cheminées ».

    L’organisation de la ville reflète l’organisation hiérarchique de l’usine : aux quartiers pauvres de courées et d’habitations ouvrières

    Courée actuelle

    Photo Michèle Magneron, 1997

    s’opposent les quartiers plus aisés des ingénieurs , des contremaîtres et la riche propriété du patron.

    Roubaix, maisons des ingénieurs 

    photo Marion Salin, 2010

    De nombreux bars témoignent du rôle des goguettes, sociétés festives, dans les formes de sociabilités populaires.

    La ville est confrontée à la crise de l’industrie textile à partir des années 1970. Cette crise est notamment due au fait que les patrons n’ont pas suffisamment investi dans les textiles synthétiques : le matériel de production est trop vieux pour soutenir la concurrence des pays du Sud, vers lesquels est délocalisée une grande partie de la production.

    Les premières fermetures d’usines ont lieu en 1975, même si la Lainière de Roubaix ne ferme qu’au début des années 2000, ce qui montre l’étendue temporelle de la crise. Roubaix est alors fortement touchée par le chômage.

    Roubaix apparait aujourd’hui comme une ville en reconversion industrielle, qui comme d’autres villes françaises qui ont subi la désindustrialisation, doit faire face à des difficultés particulières posées par l’héritage ouvrier.


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