• Saviez-vous qu' il y a eu des " vacheries " à Paris ?

    Comme l' indique la carte postale, la rue de Mont Cenis se situe à Montmartre ...

    Mais, une enseigne m' a interpellée !

    " Entrée vacherie "

    S' y trouvait, ici, l’une des dernières vacheries de Paris !

    Paris ? vacherie ?

    Il est des gestes anodins qui sont pourtant la conséquence d'une importante et rapide évolution. Ainsi, personne ne se pose de questions en achetant son "pack" de lait à la "supérette" locale, et pourtant : quelle révolution dans cette distribution, et en si peu d'années !

    Saviez-vous qu' il y a eu des " vacheries " à Paris ?

     

    Sans remonter aux origines des hommes, une plaque apposée place de Mexico rappelle que La Fontaine et Boileau venaient à la ferme Magu pour y boire du lait, acte d'autant plus étrange que le lait est considéré comme la boisson des enfants.

     

     

    Cependant on l'emploie pour combattre certaines affections de poitrine, ainsi que dans la convalescence des maladies inflammatoires. Les médecins l'ordonnent aussi aux personnes irritables et nerveuses. En tout cas, le lait est peu nourrissant ; il ne saurait entretenir les forces d'une personne vigoureuse : il est relâchant et adoucissant..." Car chacun sait, à cette époque, que le vin reste "la plus saine et la plus hygiénique des boissons" (Pasteur) d'où l'importance de son commerce et des taxes perçues.

    "La demande de lait a commencé à se développer au début du XIXe siècle, grâce à la mode du café au lait" précise Pierre Boisard dans "Mémoires lactées", mais le problème est que le lait est fait pour être consommé sur place, directement du producteur (vache) au consommateur (veau), car il évolue rapidement dès sa sortie du pis. Ne pouvant être transporté de la campagne à Paris sans tourner, il a fallu créer, à Paris, des vacheries où étaient nourries des vaches à lait. Ainsi la traite du matin pouvait rapidement être distribuée alentour.

    Carte des fermes en 1895 extraite de l'Atlas des Parisiens

    (avec l'aimable autorisation des auteurs et de l'éditeur)

    En 1887 on dénombrait 6850 vaches  reparties dans quelques 490 vacheries dans Paris qui fournissaient pas moins de 575.000 litres de lait frais aux parisiens !!!

    La spéculation foncière conduit les vacheries à être toutes rachetées par des promoteurs lorsque les propriétaires décèdent. De surcroît, les mauvais salaires versés aux garçons vachers entraînent une pénurie de personnel dans le secteur qui empêche une production régulière . En 1905 il ne restait plus que 278 vacheries à Paris . 

    Avec l'arrivée des transports rapides à la fin du XIXe siècle, il a été possible de faire entrer à Paris du lait venant de la campagne environnante (15 à 20 kilomètres). Ainsi, peu à peu, les "laiteries en grand" prirent le relais des vacheries. Et bien sûr une nouvelle forme de fraude fut inventée : les garçons laitiers améliorant leurs revenus en complétant à la fontaine publique les bidons de lait destinés à leurs clients, ainsi que le prouve un flagrant délit de 1881. En 1907, on compte déjà 41 laiteries en grand à Paris.

    Peu à peu le lait devient un aliment reconnu, une réclame des années 1930 précise même :"Un litre de lait nourrit autant que trois oeufs et une côtelette.". Jusque dans les années 50, le lait est principalement vendu en vrac. Un décret du 23 février 1950 impose, à partir du 1er janvier 1953, la vente de lait pasteurisé en bouteilles cachetées dans les villes de plus de 20.000 habitants. C'est la fin des boîtes à lait en aluminium. Et bientôt, vers 1977, le traitement UHT (ultra haute température) permet de conserver trois mois le lait, à température ambiante, contre quelques jours, au froid, pour le lait pasteurisé. L'industrialisation a eu définitivement raison des vacheries !

     

    « Je ne suis pas un sosie ! par François BrunelleCapitaine Phillips »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 13 Janvier 2014 à 15:42

    Bonne fin de journée Annick , oui ton article m'en apprend 

    beaucoup car j' ignorais l'existence de ces vacheries dans Paris ou j'ai  

    passé toute ma jeunesse ! , un grand merci , bisous , Christiane

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